L’or est-il encore une valeur refuge ?

L’or est-il encore une valeur refuge ?

Un métal qui ne verse ni intérêt ni dividende, qui coûte de l’argent à stocker et à assurer, et dont le cours peut chuter de plusieurs dizaines de pour cent en quelques années. Sur le papier, l’or n’a rien d’un placement rassurant. Il conserve pourtant, depuis des siècles, la réputation de protéger les patrimoines quand tout le reste vacille. Les records historiques enchaînés en 2024 et 2025 ont relancé la question. Cet article en fait le tour de manière générale et informative ; il ne constitue pas un conseil en investissement.

D’où vient la notion de valeur refuge

Une valeur refuge est un actif vers lequel les capitaux se tournent en période de crise : guerre, inflation forte, défiance envers les banques ou les monnaies. L’or cumule plusieurs caractéristiques qui expliquent ce statut. Il est rare, indestructible, reconnu dans le monde entier, et il n’est la dette de personne : contrairement à une obligation ou à un dépôt bancaire, sa valeur ne dépend pas de la solvabilité d’un émetteur.

L’histoire récente a nourri cette réputation. Lors de la crise financière de 2008, puis pendant la pandémie de 2020, le métal jaune a attiré des flux importants. Mais « refuge » ne veut pas dire « stable » : entre 2011 et 2015, par exemple, son cours en dollars a nettement reculé.

Ce qui soutient le métal jaune aujourd’hui

Les banques centrales

Selon le World Gold Council, les banques centrales ont acheté plus de 1 000 tonnes d’or par an en 2022, 2023 et 2024, un rythme inédit depuis des décennies. Plusieurs pays cherchent ainsi à diversifier leurs réserves, jusque-là très concentrées sur le dollar.

Le contexte géopolitique et monétaire

Tensions internationales, niveaux d’endettement public élevés, interrogations sur la trajectoire des taux d’intérêt : ces éléments entretiennent la demande. À l’inverse, des taux réels élevés rendent traditionnellement l’or moins attractif, puisqu’il ne rapporte rien pendant qu’on le détient.

Les limites que l’on oublie souvent

Point fort souvent cité Limite à garder en tête
Pas de risque de défaut d’un émetteur Aucun revenu : le gain dépend uniquement de la revente
Liquidité mondiale Écart entre prix d’achat et prix de revente, parfois important
Protection historique sur le très long terme Fortes baisses possibles sur plusieurs années
Actif tangible Frais de stockage, d’assurance, risque de vol
Cours mondial en dollars Effet du taux de change euro/dollar pour un épargnant français

Le coût d’entrée est le point le plus sous-estimé. Un lingotin ou une pièce se paie au cours du métal augmenté d’une prime, qui rémunère la fabrication et la distribution et qui pèse proportionnellement plus lourd sur les petits formats. À la revente, le professionnel rachète en dessous du cours de vente. Certains acteurs rendent ces écarts visibles : Maison Or et Bijoux, par exemple, affiche sur son site le cours utilisé, la prime en euros et en pourcentage, ainsi que son prix de rachat. Comparer ces chiffres entre plusieurs vendeurs permet de mesurer ce qu’il faudra regagner avant d’espérer une plus-value.

Le cadre fiscal en France

À la date de rédaction, en septembre 2026, la revente d’or d’investissement par un particulier relève de deux régimes. Par défaut, la taxe forfaitaire sur les métaux précieux s’applique au prix de cession, au taux global de 11,5 %. Sur option, et à condition de pouvoir justifier du prix et de la date d’acquisition, le vendeur peut choisir le régime des plus-values : 36,2 % prélèvements sociaux inclus, avec un abattement de 5 % par année de détention au-delà de la deuxième, soit une exonération totale après 22 ans.

L’achat d’or d’investissement est par ailleurs exonéré de TVA. Ces règles peuvent évoluer d’une loi de finances à l’autre : il est prudent de les vérifier au moment d’une opération, et de conserver précieusement factures et certificats.

Alors, refuge ou pas ?

La réponse honnête dépend de l’horizon et de l’objectif. Sur quelques mois, l’or se comporte comme n’importe quel actif volatil. Sur plusieurs décennies, il a historiquement préservé un pouvoir d’achat, sans garantie que le passé se reproduise. Beaucoup de professionnels le décrivent comme un élément de diversification plutôt que comme un placement de rendement.

Le format joue aussi. Une pièce ou un petit lingotin se revend plus facilement par fractions qu’un lingot d’un kilo, mais supporte une prime proportionnellement plus élevée. Ce compromis entre souplesse et coût d’entrée fait partie des paramètres à examiner, au même titre que le lieu de stockage et l’assurance.

Pour suivre l’actualité des marchés de l’or, de l’argent et des matières premières, notamment l’évolution des achats des banques centrales, notre rubrique métaux précieux et matières premières rassemble nos analyses. La décision de placer une partie de son épargne dans le métal jaune, elle, gagne à être prise avec un conseiller qui connaît l’ensemble de votre situation.